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Le Conseil de l’Association va proposer, à la rentrée, un nouveau document : Guide pour des relations saines entre pasteurs et conseils dans les Églises de l’Association baptiste. En voici un extrait (pp. 34-36).

Qui décide quoi ? De quelle manière ? En consultation avec qui ? Qu'on le veuille ou non, les enjeux d'autorité et de pouvoir sont bien réels au sein de nos communautés. Ils peuvent être la source de nombreuses tensions et malentendus. Il est crucial de pouvoir parler ouvertement de ces choses.

Pouvoir et autorité

Dans le langage courant, on utilise fréquemment pouvoir et autorité de manière interchangeable. Pour réfléchir à ce thème, il semble cependant intéressant d'évoquer une distinction que suggère l'étymologie de ces deux concepts. Sommairement, on pourrait décrire le « pouvoir » comme la capacité de faire quelque chose, le fait de « pouvoir » le faire. « L'autorité », quant à elle, désignerait plutôt le droit de faire quelque chose, le fait d'être « autorisé » à le faire.

On comprend aisément que les deux choses s'entremêlent : celui qui a la capacité de faire une chose sera plus susceptible d'en recevoir le droit ou de se l'attribuer ; celui qui reçoit ou s'attribue le droit de faire une chose aura plus la capacité de le faire. La distinction est néanmoins importante : avoir la capacité de faire une chose ne signifie pas qu'on en ait le droit ; avoir le droit de faire une chose ne signifie pas que l'on en a la capacité.

En définissant l'autorité comme fait d'être « autorisé », on déplace par ailleurs notre perception de celle-ci. L'autorité est aujourd'hui souvent comprise comme « autorité sur », alors qu'elle est avant tout « autorité sous ». Autrement dit, celui qui a de l'autorité la reçoit nécessairement d'un autre. En pensée chrétienne, Dieu, de qui dépend toute autorité, est le seul à pouvoir s'autoriser lui-même.

remise des clés

Si j'envisage d'exercer un quelconque « pouvoir » dont je disposerais, se pose donc la question de la provenance de l'autorité avec laquelle je l'exercerai. « Qui t'a donné autorité pour faire ces choses? » (Mc 11.28). Si l'on met de côté leurs mauvaises intentions, cette question des responsables du peuple d'Israël à Jésus est très pertinente.

Comme Jésus, ce devrait ultimement être de Dieu que nous tirons l'autorité de faire ce qui est en notre pouvoir. Toutefois, la revendication de cette autorité divine ne peut être laissée au discernement subjectif de tout un chacun sans conduire à des abus. Il faut nécessairement penser la question de la médiation de cette autorité : de quelle manière reconnaître ou non à quelqu'un une autorité pour pouvoir faire quelque chose dans une communauté locale ou un ministère chrétien ?

Un discernement communautaire à exercer

En contexte congrégationaliste comme synodal, c'est la communauté des chrétiens, habités par l'Esprit et se laissant conduire par lui dans les diverses structures de concertation qui sont les siens, qui est appelée à exercer sa responsabilité dans le discernement de l'autorité et du pouvoir à accorder ou retirer à une personne.

Notons qu'un ensemble de chrétiens peut accorder autorité et pouvoir de diverses manières à l'un des siens. Le mode le plus courant et le plus propre à offrir des structures de redevabilité est la reconnaissance institutionnelle au sein d'une structure établie, mais une certaine autorité et un certain pouvoir sont aussi accordés indépendamment des institutions traditionnelles, que ce soit par l'attention accordée à une personne et la répercussion offerte à ses propos ou par le soutien financier qui lui est conféré pour ses activités. Ces derniers modes d'attribution de l'autorité et du pouvoir permettent l'émergence de nouveaux acteurs hors des cadres traditionnels, mais peuvent souffrir d'un manque d'encadrement.

documents

Pour exercer leur discernement de l'autorité et du pouvoir à accorder à un individu, on peut recommander que les chrétiens rassemblés fassent appel à trois critères principaux :

  • L'Écriture : c'est avant tout par elle, dans la prière et le discernement communautaire, que la communauté peut déterminer si une personne est autorisée à exercer un quelconque pouvoir. Un pouvoir exercé en contradiction avec l'Écriture ne peut être autorisé par Dieu, et ne devrait donc pas non plus l'être par la communauté des chrétiens. Un chrétien qui agit ouvertement en contradiction avec la Parole de Dieu dans un domaine exerce un pouvoir illégitime en la matière.

  • La reconnaissance par les pairs : la Parole de Dieu ne tranche pas tous les points et n'arbitre pas toutes les pratiques. Pour jauger de la légitimité de l'autorité d'un responsable, la communauté pourra secondairement s'orienter à la reconnaissance par ses pairs de l'autorité dudit responsable. A-t-il été au bénéfice d'une formation ayant établi sa compétence dans la matière où on pense devoir lui accorder de l'autorité ? Les pratiques ou positions théologiques qui sont les siennes sont-elles approuvées par d'autres personnes compétentes dans ce domaine ?

  • Les fruits : sans rentrer dans une comptabilité marchande, cela reste à ses fruits que l'on reconnaît un arbre. Indépendamment des résultats sur le terrain, soumis à bien des aléas, le fruit de l'Esprit se manifeste-t-il en cette personne ? Prenant tout de même en compte les résultats sur le terrain, que peuvent nous dire ceux-ci sur la légitimité de l'autorité et du pouvoir accordés à cette personne ? Ceux-ci devraient-ils être renforcés ? Réorientés ? Restreints ? Équilibrés par davantage de personnes ?

Ces diverses questions devraient pouvoir être revues de temps à autre. En ce sens, il paraît sage que les mandats confiés au sein d'une communauté soient limités dans le temps de manière à induire naturellement une réévaluation des responsabilités de chacun et du souhait partagé de continuer à travailler ensemble. Pour certaines responsabilités clés, la possibilité d'une pause entre deux mandats laisse également davantage de possibilités à la communauté pour envisager d'autres fonctionnements ou candidats et laisser émerger d'autres acteurs pour le service en question. Du côté des personnes concernées, une telle pause peut avoir vocation à permettre un renouvellement devant le Seigneur et pour son service avant une nouvelle phase d'engagement dans le même domaine ou ailleurs.

Notons également que la centralité de l'Écriture pour nos communautés donne une certaine prévalence à celui qui en est spécialiste. Au bout du compte, la gouvernance au sein de l'Église doit toujours être théologique, au sens où elle place Dieu au centre. Le pasteur-théologien joue ainsi un rôle central dans nos communautés. Mais la médiation de cette autorité doit toujours être exercée avec sagesse et humilité par celui qui en est investi, à l'écoute de ses frères et sœurs par lesquels l'Esprit parle aussi.

L'importance de la collégialité

Autorité et pouvoir sont toujours limités à certains domaines. La compétence théologique n'est pas l'expérience du travail pratique, les compétences de gestion d'équipe ne sont pas le discernement pastoral, la générosité financière n'est pas la sagesse pour diriger, etc. En outre, l'autorité et le pouvoir d'une personne ne lui sont pas attachés de manière intangible. Ces réalités peuvent évoluer et cette évolution doit être prise en compte par des structures qui limitent la personnalisation de l'autorité et du pouvoir. D'où l'importance du travail collégial au sein de nos communautés. Autant que possible, nous souhaitons que les individus œuvrent au sein d'équipes travaillant en bonne intelligence.

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Cette collégialité peut revêtir diverses formes et employer diverses procédures selon les traditions, mais dans le cadre d'un ministère chrétien il semble nécessaire qu'elle soit animée au moins des traits suivants :

  • Engagement de chacun dans l'écoute de Dieu dans la Parole et la prière.
  • Souci d'une interaction marquée par les réalités du fruit de l'Esprit.
  • Souci de concertation préalable à l'action (n'empêchant pas des délégations de pouvoir à certains membres).
  • Partage des informations utiles et redevabilité dans le suivi des projets.
  • Conscience des compétences (autorité) des uns et des autres.
  • Écoute mutuelle attentive et bienveillante.
  • Subordination des objectifs personnels à la direction du groupe.
  • Solidarité dans les décisions communes.
  • Encouragement mutuel et redevabilité des uns à l'égard des autres.

Ces principes qui devraient tout particulièrement guider la collaboration entre les responsables pastoraux d'une communauté sont également appelés à rayonner au sein de chaque conseil ou équipe au service d'une communauté ou d'un ministère, mais aussi entre les divers organes d'une même institution, selon l'autorité et le pouvoir qui leur sont attribués. Les chrétiens visent ainsi un exercice partagé de l'autorité et du pouvoir en fonction des compétences et possibilités de chacun.

Collégialité et autorité

À cet égard, il doit cependant être clair que la collégialité ne signifie pas le nivellement de toute autorité et le refus de l'exercice de tout pouvoir. Une « collégialité » sans reconnaissance appropriée de l'autorité respective de chacun ne peut conduire à une direction saine et équilibrée. La chose doit en particulier être soulignée concernant les pasteurs de nos communautés : étant donné leur appel spécifique, leur formation, leur consécration au service de l'Église et le fait qu'ils sont bien souvent les premiers à devoir assumer les décisions prises au sein de nos communautés, leur parole ne peut pas être considérée à égalité avec celle d'un autre qui ne se trouve pas dans la même situation. L'Évangile les appelle à mettre l'autorité qui leur a été conférée au service de la communauté et à ne pas s'en enorgueillir, mais cette autorité doit être reconnue pour qu'elle puisse utilement s'exercer en faveur de leurs frères et sœurs.

Collégialité et unanimité

Notons également que la collégialité ne signifie pas que l'unanimité soit nécessaire pour que des décisions puissent être prises sereinement. Nous ne pouvons faire l'économie de l'écoute du Seigneur et les uns des autres et il peut parfois être utile de différer une décision pour permettre à chacun de laisser mûrir la question devant le Seigneur, mais il ne faut pas que tous arrivent à un sentiment identique pour pouvoir aller de l'avant. Dans la confiance indispensable à une saine collaboration, une équipe doit pouvoir prendre une décision conforme à l'avis de la majorité sans que la minorité ne se sente lésée, fasse blocage ou ne se désolidarise de la décision. Chaque individu garde évidemment la liberté de se désolidariser de l'équipe si une orientation prise lui paraît incompatible avec son engagement chrétien ou l'appel spécifique qui est le sien, mais il devrait alors agir en cohérence avec sa position et démissionner de ses fonctions au sein de cette équipe, en particulier s'il pense devoir s'exprimer publiquement contre le choix fait par l'équipe.

Élargissons finalement la perspective en signalant qu'une forme de collégialité informelle se vit également par-delà les frontières de nos communautés et ministères locaux : les responsables se mettent à l'écoute les uns des autres pour progresser dans leur manière d'exercer l'autorité et le pouvoir qui leur ont été conférés, en sachant que leurs décisions locales ne sont jamais totalement sans incidence sur leurs frères et sœurs en d'autres endroits.

Article paru dans :

août 2026

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