La foi chrétienne et l'hospitalité

À Mulhouse, l’Église de La Bonne Nouvelle représente les évangéliques dans le cadre du Calendrier interreligieux de la Ville. En préparation de l’édition 2027, les représentants catholique, protestant réformé et évangélique rédigent ensemble un texte sur le thème retenu, l’hospitalité.
Le Lien fraternel le propose en trois parties, dont voici la première, qui donne quelques jalons historiques.

Repères historiques
Nous sommes à Paris, vers 1250, sous le règne de Louis IX, qu’on appellera plus tard Saint-Louis. La ville est marquée par la pauvreté : pèlerins, malades, mendiants et voyageurs sans abri s’entassent aux portes des églises et des ponts.
Mais chaque semaine, dans le palais royal, une scène étonnante se répète. Le roi ordonne qu’on fasse entrer treize pauvres, choisis sans distinction : estropiés, vieillards, étrangers de passage. Ils ne viennent pas recevoir une aumône à la hâte. Ils sont invités. Louis IX en personne les accueille. Il les fait asseoir à table, leur sert lui-même à manger, et geste impensable pour un souverain médiéval, leur lave les pieds. Les chroniqueurs rapportent qu’il s’agenouille sans dégoût, malgré les plaies, la saleté et les odeurs.
Pour lui, l’hospitalité ne consiste pas seulement à nourrir, mais à reconnaître la dignité de chaque être humain.
Le roi, inspiré par sa foi chrétienne, a fondé à Paris l’hôpital des Quinze-Vingts, destiné à accueillir trois cents aveugles, nourris et logés à vie. Il visite régulièrement les malades et exige que les étrangers y soient reçus sans condition d’origine ou de richesse.
Un conseiller aurait un jour murmuré que cette proximité avec les miséreux nuisait à la majesté royale. Louis IX lui répondit, selon les sources : « Ceux-là sont mes seigneurs. Ce sont eux qui m’ouvrent le royaume des cieux. »
Pourquoi Louis IX a-t-il agi de la sorte ? Était-ce par devoir religieux ? Ou peut-être parce qu’il était très riche ? Les chrétiens retiennent cette histoire car elle témoigne avant tout d’un état d’esprit. L’hospitalité est d’abord une disposition intérieure de cœur, une générosité, une ouverture. Cette disposition intérieure se concrétise ensuite par des actes.
Nombreuses sont les institutions nées, au nom de cette conception chrétienne de l’hospitalité. Elles ont même structuré la société européenne pendant des siècles et aujourd’hui encore nous sommes les bénéficiaires de cet héritage :
• Les hôpitaux (le mot hôpital vient du latin hospes qui signifie « l’hôte », « l’étranger ») et hospices, comme l’Hôtel-Dieu de Paris, fondé au VIIe siècle, ou le célèbre Hôtel-Dieu de Beaune, fondé au XVe siècle. On n’y soigne pas seulement : on y loge, nourrit et écoute.
• Les monastères ont aussi exercé l’hospitalité. La Règle de saint Benoît (VIe siècle) est claire : « Tous les hôtes qui arrivent seront reçus comme le Christ. » Voilà pourquoi chaque monastère possède une hôtellerie séparée, destinée aux voyageurs, pèlerins et pauvres.
À ces exemples, nous pouvons encore ajouter les léproseries, les maisons pour exclus et les confréries de charité. Ces dernières, constituées de chrétiens laïcs, organisent des distributions de pain, accueillent des orphelins, enterrent des morts abandonnés, apportent de l’aide aux prisonniers. Ces groupes annoncent les futures œuvres sociales modernes, mêlant foi, entraide et responsabilité collective.
Aujourd’hui encore, des œuvres sociales et associations motivée par des valeurs chrétiennes, accueillent des demandeurs d’asile, hébergent des sans-abris. Toutes ces structures ont en commun une idée forte : l’autre a en lui une dignité qui devrait nous obliger à lui ouvrir la porte, la table et le cœur.
Mais d’où vient cette notion de l’hospitalité chrétienne ? Serait-ce une tradition héritée des premiers chrétiens qui s’accueillaient mutuellement dans leur maison pour la communion fraternelle et le culte ? Ou bien y a-t-il encore quelque chose de plus profond à découvrir ?
C’est ce que nous découvrirons dans la seconde partie dans Le Lien Fraternel de l’été 2026.
En équipe avec Francis Muller, pasteur protestant, et Hervé Paradis-Murat, prêtre catholique, Mulhouse.
Le calendrier 2026 a pour thème « Les religions et la paix ».

