PAR : Françoise Pillon
Membre du comité de rédaction, Église baptiste de Paris Centre

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Le bulletin n°11 de la Société d’histoire et de documentation baptistes de France (SHDBF) est sorti au printemps dernier. Il présente un intérêt à plusieurs titres. D’abord par son thème très actuel : « Les baptistes face à la guerre ». Ensuite parce que plus de la moitié des articles ont été écrits par des auteurs issus de l’Association baptiste. Enfin, parce plusieurs de ces textes sont émouvants.

Couverture du journal

Ainsi en est-il du journal de bord de Guy Appéré, qu’il tient durant la période où il est engagé dans la Deuxième Division blindée (décembre 1944 - septembre 1945). Ce tout jeune homme de vingt ans y décrit ses aspirations et ses doutes. Il rapporte les manœuvres de la 2ème DB, les temps morts, les pieds gelés, le logement chez l’habitant, l’amitié qui unit les soldats, sa participation à la prise de Berchtesgaden en mai 1945. Claire et Paul Appéré, ses enfants, ont décrypté et annoté le manuscrit pour que ce témoignage nous soit accessible.

Autre ensemble de textes saisissants intitulé « À l’ombre de la guerre » : Paul Bourdois, arrière-petit-fils de Georges Guyot (un des fondateurs de l’Association baptiste), a exhumé des articles rédigés par celui-ci dans Le Lien Fraternel, à l’approche de la Seconde Guerre mondiale. Il évoque avec une lucidité pénétrante la menace que font peser sur l’Europe Hitler, Staline et Mussolini ; il décrit, exemples à l’appui, l’idolâtrie dont font l’objet ces dictateurs. Il est plus que dubitatif après la « rencontre de Munich » qui aurait évité la guerre et fait part de sa « surprise sans nom » à l’annonce du pacte germano-soviétique qui condamne la Pologne à être envahie et ouvre la porte à la guerre. L’introduction et la conclusion à cette sélection constituent une réflexion sur notre actualité et une exhortation à agir en chrétien.

Après avoir évoqué l’action du Général Maast, baptiste impliqué dans la libération de la Tunisie en 1942, José Loncke nous présente quelques aumôniers militaires ayant exercé leur ministère pendant le débarquement de Normandie dont certains sont baptistes. Il brosse le portrait de ces hommes qui sont au côté des combattants pour les réconforter, les consoler, les panser… parfois présider à leur inhumation, au risque de leur vie. Citons notamment ces quatre aumôniers qui laissent leurs gilets de sauvetage à ceux qui en sont dépourvus et sombrent en priant avec leur navire. Un monument et un timbre sont dédiés à ces « aumôniers immortels ».

Immortels, dans nos mémoires, André Frankl et Marie Salomon, membres de l’Église de l’Avenue du Maine. Anniel Hatton dépeint ces deux figures héroïques d’origine juive. Le premier, Hongrois, se convertit en lisant la Bible dans un camp en Sibérie. La seconde devient chrétienne au contact d’une de ses camarades de classe, fille de pasteur. Tous deux se retrouvent avenue du Maine et, avec le pasteur Henri Vincent, œuvrent inlassablement à accueillir des réfugiés et à sauver des Juifs via différents réseaux. Leur vie est maintes fois menacée. Après la guerre, André Frankl, devenu pasteur, est naturalisé et accède à des responsabilités nationales au sein de la Fédération baptiste. Quant à Marie Salomon, sa surdité et son handicap physique ne sont pas pour elle un obstacle à ce qui occupe son existence entière : l’aide aux plus démunis. Avec sa forte personnalité, elle n’hésite pas à secouer les hommes politiques ou les chrétiens pour qu’ils agissent en faveur des malheureux.

Quittons la guerre et découvrons George File Angas, « activiste, philanthrope, père fondateur de l’Australie-Méridionale ». David Boydell retrace la vie de cet homme hors du commun. Fils de carrossier, il crée très jeune sa propre entreprise qui prospère. Il met sa fortune au service d’œuvres philanthropiques, de combats humanitaires et à la fondation de l’Australie-Méridionale. Il milite vigoureusement contre l’esclavage et, en baptiste fervent, en faveur de la séparation de l’Église et de l’État. Il aide les luthériens prussiens persécutés à émigrer, bien souvent à ses frais. C’est un acteur essentiel des débuts de ce nouvel État.

Grâce à Alain Debret, nous découvrons Paul Passy, personnage très original. Professeur, il est l’inventeur de la phonétique internationale et est le premier à accepter des jeunes filles dans ses cours. Devenu chrétien, il aspire à suivre les principes bibliques et…socialistes. Il adhère au baptisme qu’il quitte au bout de quinze ans à cause des divisions en son sein. Il crée une colonie égalitaire, qui ne perdure pas et qui deviendra le Nid Fleuri géré par le Tabernacle. Fantasque, avec ses vues pacifistes, ses pratiques naturistes et son implacable opposition à l’automobile… il n’est pas si éloigné de nous !

Ce numéro se termine avec une recension par Paul Bourdois du livre d’Étienne Jean Frizner : Pouvoir, religion et colonisation sous l’Ancien Régime. L’Église dans la société coloniale de Saint-Domingue (XVIIe-XVIIIe siècles).


Les Baptistes face à la guerre, bulletin 11-2026, 20 €, Société d’histoire et de documentation baptistes de France, https://shdbf.fr.

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août 2026

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