Un appel inattendu, un ministère réjouissant
« Est-ce que vous accepteriez d'être aumônier militaire dans votre région ? »
La première fois qu'on m'a posé cette question, ma réponse a été nette : « Non, ce n'est pas pour moi. » Même question l'année suivante, même réponse. La troisième année, j'ai dit oui sans vraiment savoir à quoi je m'engageais. Vingt-deux ans plus tard, je ne regrette rien.
Un monde à apprivoiser
Mon hésitation était sincère : je ne connaissais rien au monde militaire, ni les grades, ni le vocabulaire, ni les codes. Ce n'était pas mon univers. Mais j'étais le seul pasteur du département affilié à la Fédération protestante de France, l'unique candidat possible. C'est ainsi que tout a commencé.
Les premières années, un adjudant-chef catholique a eu la générosité de me prendre sous son aile : « Si vous avez du mal avec la terminologie, venez me voir, je vous expliquerai » Son aide a été précieuse. Ce compagnonnage inattendu m'a appris quelque chose d'essentiel : dans ce milieu, la solidarité transcende les étiquettes.

Ce que fait réellement un aumônier militaire
Aujourd'hui, je suis l'aumônier protestant de la base de défense de Belfort, et j'assure également le suivi pastoral des deux tiers des gendarmes du Doubs. Mon rôle officiel — l'accompagnement moral et spirituel des militaires et des personnels civils du ministère des Armées — recouvre en réalité un ministère très varié.
La première priorité, c'est l'écoute. Certains ont besoin de mettre des mots sur ce qu'ils ont vécu en opération ou en brigade. D'autres traversent des difficultés conjugales, des défis dans les relations hiérarchiques, ou portent intérieurement la violence à laquelle leur métier les confronte. Soutenir sans faire la morale, être disponible sans s'imposer : c'est l'art de ce ministère.

Je ne reste pas dans mon bureau à attendre qu'on vienne me voir — peu franchiraient ce pas. Je préfère circuler dans les compagnies, les batteries d'artillerie, les brigades de gendarmerie. Je prends des nouvelles, je pose des questions, j'engage des conversations. Il est rare que je rentre le soir sans avoir eu au moins une visite où ma présence a été vraiment utile.
Une présence reconnue et réclamée
L'aumônier militaire bénéficie d'une reconnaissance particulière. Il porte une tenue, des insignes. Il est traité comme officier mais avec un « grade miroir » : face à un militaire du rang, il est militaire du rang ; face à un capitaine, il est capitaine. Tout militaire qui parle à l'aumônier parle à un égal. Cette absence de rapport hiérarchique crée une liberté de parole rare.
Et le prosélytisme ? Il est interdit et c'est juste. Ce n'est pas notre rôle. Mais poser des questions, témoigner de sa propre foi, discuter, débattre : oui. La seule remarque qu'on nous adresse, c'est : « Pourquoi ne venez-vous pas plus souvent ? » On aimerait en dire autant de nos Églises locales, n'est-ce pas ?
Le lien avec l'église locale
L’aumônier représente l’Église « sur le terrain ». Il doit s’enraciner dans une Église locale. Mais il est l’envoyé de l’ensemble des Églises protestantes. Un militaire en recherche spirituelle doit trouver auprès de l’aumônier tous les renseignements nécessaires sur les églises environnantes. Une expérience encourageante

Une expérience encourageante au sein de situations traumatisantes : les journées de l’aumônier sont remplies de rencontres enrichissantes mais les plus appréciées sont sûrement lors des visites aux blessés. Un gendarme poignardé lors d’une intervention de nuit ; un gendarme caillassé en essayant de protéger d’autres, des gendarmes tués en accidents de moto ou de voiture où le soutien aux familles et aux collègues est indispensable. Des situations tristes, mais où l’apport moral et spirituel de l’aumônier prend tout son sens.
Pour devenir aumônier militaire
Ce ministère suscite parfois des vocations. Des chrétiens, parfois militaires eux-mêmes, me demandent si c'est accessible. La réponse est oui, mais cela demande un engagement sérieux. Les aumôneries militaires, comme celles des prisons, des hôpitaux ou des aéroports, sont gérées par la Fédération protestante de France. L'État laïque lui confie cette responsabilité : c'est la garantie que les aumôniers sont reconnus, formés, et ne représentent pas des mouvements sectaires. Les exigences sont claires : une maîtrise en théologie, un diplôme universitaire en laïcité (obligatoire depuis 2017), une expérience pastorale et des capacités relationnelles avérées. On ne devient pas aumônier du jour au lendemain. Mais pour ceux qui sont prêts à s'y engager, c'est un immense honneur de servir ainsi le Seigneur et son pays.
Sujets de prière
-
Que nous, aumôniers, soyons toujours à la hauteur de notre appel afin de discerner et répondre aux besoins.
- Qu’il y ait de la relève : de nouveaux pasteurs – au masculin comme au féminin – avec cette vocation de servir, de cette manière, Dieu et patrie en même temps.

