PAR : Thierry Huser
Président de l’AEEBLF, membre du comité de rédaction, pasteur, Église La Bonne Nouvelle, Colmar

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Souvenons-nous… il y a un an, au début de la crise sanitaire, alors que nous étions tous durement confinés chez nous… Chaque soir, des salves d’applaudissement s’élevaient de nos maisons en faveur des soignants. Ils étaient nos « combattants de la première ligne ». On appréciait leur dévouement, on saluait leur abnégation. On voulait qu’ils sachent notre reconnaissance. On espérait leur insuffler un peu de courage.

Dans le même élan, on découvrait, avec gratitude, toute la chaine des travailleurs de l’ombre à qui l’on devait de pouvoir faire ses achats quotidiens : petits producteurs, routiers, personnels de supermarché. On avait un mot gentil à l’attention des éboueurs, fidèles à leur mission malgré les craintes de contamination. Dans le monde figé dans lequel nous étions tous plongés, ceux qui continuaient à pourvoir à nos besoins avaient droit, quelle que soit leur tâche, à notre considération. Un juste retour des choses, un utile rééquilibrage des regards.

Ces belles expressions n’ont pas fait très long feu. Les pics de saturation de nos services hospitaliers d’aujourd’hui rejoignent ceux du premier confinement. La fatigue de nos soignants est multipliée par la durée et l’accumulation. Qui prend en considération leur parole et leur peine ? Qu’est devenu notre soutien ? Qui dit encore merci ?

Ce coup de miroir interroge. Pourquoi avons-nous changé ? Avons-nous reporté nos égards sur d’autres qui semblent plus à plaindre ? Notre reconnaissance aurait-elle la constance de la girouette, la légèreté de l’émotionnel du moment ? Nous sommes-nous endurcis au fil de la crise sanitaire, la vie étant devenue difficile pour tout le monde ? Est-ce un effet de la distanciation, qui nous replie sur nous-mêmes ? Nous sommes-nous à nouveau habitués au simple déroulement des choses, sans un regard pour ceux qui, jour après jour, le rendent possible ?

« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. » La Bible nous invite, et c’est tellement nécessaire, à garder notre esprit en éveil (1P 1.13). La reconnaissance ne tient que lorsqu’elle est portée par la flamme d’un regard qui reste vif. Tant de bienfaits reçus ! Tant de personnes derrière ces dons, exceptionnels ou réguliers ! Et le Seigneur comme source de toute grâce, sans pour autant occulter celles et ceux par qui nous en bénéficions, ni leur effort, ni leur persévérance.

Voilà de quoi alimenter une gratitude qui traverse l’épreuve de la durée et de la morosité. Restons vifs ! Gardons le pli curieux de l’œil qui capte et apprécie les bienfaits reçus. Sans oublier de faire les retours à qui de droit…

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mai 2021

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Merci pour le Lévitique !

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