Auteur :
Jean-Marc Bellefleur
Membre du comité de rédaction, pasteur, Église de La Bonne Nouvelle, Mulhouse, Église La Bonne Nouvelle, Saint-Louis.
Paru dans :
Lien fraternel de novembre 2020 (n° 96/11)
Rubrique :
Point de vue
Mots-clés :
 

Nos Églises évangéliques sont issues de la Réforme « radicale ». Pas facile, ce mot, aujourd’hui, alors que l’on dénonce la « radicalisation » islamiste. Or la Réforme radicale a consisté à revenir à la « racine »– c’est l’étymologie du mot – de l’Évangile, et à prôner par exemple la liberté de conscience ou le baptême du croyant.

Nous voici donc chrétiens « radicaux » : vivre l’Évangile le plus fidèlement possible, abreuver de la source même notre piété, notre foi, notre pratique, aller à la racine biblique d’une doctrine. Le mot d’ordre du Lien fraternel, « Que dit l’Ecriture ? », en est un témoignage.

Cette radicalité ne nous exonère pas de vivre dans le monde tel qu’il est aujourd’hui. Elle doit s’inscrire dans les changements de société, les évolutions des mœurs, les courants de pensée, et y apporter sa saveur. Et l’exercice n’est pas facile, devant tant de questions actuelles ! Écologie, immigration, homosexualité, sexisme et féminisme, bioéthique, et j’en passe. Notre radicalité cherche à appliquer aujourd’hui les lignes d’action données par Jésus. Or Jésus « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme rançon pour libérer une multitude de gens » (Mc 10.45). Le défi est d’apporter à la société actuelle la saveur intacte de l’Evangile de Jésus-Christ et de l’amour de Dieu. De faire partager cette saveur, par amour. Cette radicalité-là a plus d’une fois été oubliée dans l’histoire de l'Église, et c’est bien dommage.

La radicalisation islamiste est tout autre. Elle défraye aujourd’hui la chronique en raison des monstres dont elle accouche. Elle s’attaque de manière frontale à toute forme de société autre que celle qu’elle prône. Or le mot veut bien dire qu’elle est aussi un retour aux « racines » de l’islam, aux préceptes d’origine.

D’une part, il convient de s’interroger sur ce qu’a été l’islam à son origine, et sur les sources spirituelles auxquelles il s’abreuve : qu’y est-il enseigné, prôné, montré en exemple ? La comparaison avec l’Evangile ne manquera pas d’intérêt, c’est le moins que l’on puisse dire.

D’autre part, ce que l’on appelle aujourd’hui la radicalisation cherche à changer la société actuelle et non à y apporter un message. Elle veut lui imposer sa vision du monde. Et ceci par tous les moyens, y compris la violence et le terrorisme.

Faisons bien la différence entre la radicalité et la radicalisation, telles que je viens modestement d’en proposer une définition. Notre « radicalité » spirituelle, nous la donnons au monde dans lequel nous vivons, nous ne l’imposons pas et encore moins par la force. C’est un geste d’amour. Un pionnier célèbre du Nouveau Monde, le puritain Roger Williams, avait compris cela, en laissant les autochtones vivre comme ils l’entendaient, sans leur imposer sa foi chrétienne.

Alors dans ce contexte si tendu, soyons bien ces « ambassadeurs envoyés par le Christ » dont parle l’apôtre Paul (2Co 5.20).

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