PAR : Thierry Huser
Président de l’Association baptiste, membre du comité de rédaction, pasteur, Église La Bonne Nouvelle, Colmar.

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Que reste-t-il de l’esprit de Noël ? Pour le définir, aujourd’hui, en France, on évoque une recette à plusieurs ingrédients. Préparez d’abord une bonne dose de famille. « À Noël, les Français veulent faire famille à tout prix autour de l’enfant », explique Martyne Perrot, auteure d’une « Ethnologie de Noël ». Avec, aujourd’hui, bien des complications lorsque les familles sont éclatées, et de vraies souffrances pour ceux qui restent seuls. Ajoutez-y un parfum d’authenticité : Noël, en France, est de plus en plus l’occasion de raviver les traditions. D’où le succès des marchés de Noël, avec leurs cabanes en bois et leur artisanat – même s’il est trop souvent « made in China », rentabilité oblige ! Complétez par une bonne dose de générosité : malgré la marchandisation, le désir subsiste, sincèrement, de marquer un intérêt personnel à ceux que l’on aime, d’aider les plus défavorisés que soi. Ajoutez une touche de merveilleux : les « belles histoires », le temps d’une parenthèse, permettent d’échapper au bruit assourdissant d’un monde de violence et d’injustice. Complétez par une goutte de religieux, le temps d’une messe de minuit ou de l’écoute des chants de Noël.

Et pour nous, qui reconnaissons que Dieu lui-même s’est dépouillé et fait pauvre pour rendre possible notre réconciliation avec lui, quel sera l’esprit de Noël ? Notre Dieu a fait le choix inouï d’être « avec » nous, non pas d’un « avec » de compagnie agréable et légère, mais d’un « avec » de restriction immense, d’amour jusqu’à l’extrême, de condamnation endossée à la place des coupables. Cet « avec » unique, payé au prix le plus fort, est devenu, depuis Jésus-Christ, le « label de qualité » de tous les autres « avec » du Seigneur, qui promet d’être « avec » nous, tous les jours, en toute circonstance. S’il chavire nos cœurs, il nous appelle, encore et toujours, à un semblable sérieux dans notre relation envers lui et à un authentique souci du prochain.

Il vaut la peine d’écouter quelques paroles bien senties du théologien James Packer : « Quel déshonneur pour nous de devoir constater que tant de chrétiens vivent dans ce monde animés du même esprit que celui du prêtre et du Lévite de la parabole : ils voient tout autour d’eux les besoins des hommes, mais après quelques vœux pieux et peut-être une prière, ils détournent les yeux et passent outre ! Ce n’est pas là agir selon l’esprit de Noël. Et ce n’est pas non plus l’esprit de Noël qui pousse de nombreux chrétiens, hélas, à limiter leur ambition à fonder un beau foyer chrétien bourgeois, à s’entourer de bons amis chrétiens bourgeois […] et à laisser se débrouiller comme ils le peuvent ceux, chrétiens ou non, qui appartiennent aux classes inférieures de la société*. » Le constat est sévère. Mais le questionnement est nécessaire.

Que reste-t-il de l’esprit de Noël ? La question est ouverte… ■

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décembre 2017

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