PAR : Nordine Salmi
Membre du comité de rédaction, pasteur à la retraite

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Nos repères
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Ose-t-on encore poser cette question aujourd’hui ?

Loin de moi l’idée de légitimer telle ou telle attitude face à la question et, encore moins, de décerner la médaille de « bon baptiste » à quiconque en fonction de sa décision sur ce statut. Il s’agit, dans un premier temps, de considérer deux compréhensions, certainement les plus courantes, de la notion de membre, auxquelles j’ajouterai ensuite mes propres réflexions et, enfin, de présenter quelques raisons souvent avancées pour rejeter ce statut.

La première compréhension ferait du membre d’Église comme « l’alpha et l’oméga » de la vie du « paroissien ». Ce croyant, qui a accepté formellement les documents fédérateurs de l’Église, et qui a fait une demande explicite d’adhésion, est reçu, accueilli et considéré comme apte à s’engager dans tous les aspects de la vie de la communauté. Cet « élu » est le seul à pouvoir assumer une responsabilité dans l’Église.

De fait, le non-membre devient un croyant de seconde classe, relégué à la place de spectateur. Un argument – souvent avancé – pour placer le « récalcitrant » en zone de « non-droit » est son refus de l’engagement !

Groupe uni

La deuxième compréhension situerait le membre d’Église au « rayon administratif ». Le cercle des membres, ainsi constitué, fait fonctionner la « machine » bureaucratique de l’Église. Ceux qui en font partie sont en général des forcenés, capables d’assister à des réunions, souvent pesantes, pour examiner les comptes, voter le budget et approuver les décisions du conseil de l’Église.

Cette façon de concevoir le statut de « membre » a l’avantage d’être inclusive et de ne se priver d’aucune ressource. Elle ne place aucune barrière à l’intégration dans l’Église ni à l’engagement dans les responsabilités ecclésiales.

Ces deux fonctionnements, présentés très schématiquement, se déclinent certainement selon quantité de variantes. Néanmoins, elles illustrent assez bien deux regards fréquents portés dans nos communautés, sur le statut de membre. L’une hypertrophie notre sujet, l’autre l’ampute d’une grande partie de sa dimension spirituelle.

Comment redonner au statut de membre toute sa place, et rien que sa place ? L’enjeu n’est pas négligeable car nous touchons là, me semble-t-il, à un des points capitaux du baptisme : le congrégationalisme. En effet, le statut de membre confère au croyant de devenir partie prenante des décisions prises par l’assemblée ce qui représente prérogative et responsabilité.

La notion d’appartenance formelle est très présente dans l’Écriture.

Être considéré comme membre du peuple d’Israël était loin d’être anodin. Pour l’ensemble du peuple, il s’agissait d’adhérer à la loi de Dieu, dont Moïse avait communiqué la « substantifique moelle » dans cette belle profession de foi que l’on trouve en Deutéronome 6.5. Celle-ci était appelée à être récitée par les membres du peuple, afin d’être transmise de génération en génération.

L’alliance conclue par Dieu créait non seulement un lien entre les membres du peuple et leur Dieu mais aussi entre les membres eux-mêmes. Appartenir au peuple signifiait entrer dans son organisation et accepter l’autorité des responsables désignés par le Seigneur.

Le Nouveau Testament n’atténuera pas cette notion. Les trois mille qui ont accepté le Seigneur suite à la prédication de Pierre (confession de foi) ont été – approximativement – recensés, leur adhésion étant entérinée par leur baptême. L’engagement qu’ils ont pris se manifestera ensuite par une constance à suivre l’enseignement des apôtres, à vivre la communion fraternelle, à pratiquer la fraction du pain et à persévérer dans la prière. Tous les disciples sont appelés à organiser leur vie ecclésiale et à s’y conformer (cf. le choix des sept sur des critères définis).

Que dire de cette admirable métaphore que Paul utilise lorsqu’il évoque l’unité, l’interdépendance et la diversité des membres ? Comment expérimenter l’unité dans l’Église sans une confession de foi claire, reconnue et acceptée explicitement ? Comment vivre une interdépendance dans l’Église, si je ne sais pas sur qui compter ? Devenir membre, ce n’est pas simplement répondre à un besoin administratif, c’est aussi reconnaître les conducteurs nommés par l’Église, se soumettre à eux, dès lors qu’ils reflètent la pensée de Dieu. C’est servir son Église en la reconnaissant dans toute son identité. Le statut de membre, c’est tout cela et sans doute bien plus…

Toutefois, il faut admettre que certains « non-membres » témoignent parfois de plus d’intérêt et d’implication dans la foi que certains membres « déclarés ». Nous pourrions dire la même chose à propos des baptisés mais ce n’est pas pour autant que nous renonçons à enseigner leur nécessité. Toutefois, faire de ce statut la condition sine qua non de tout engagement dans l’Église, est un pas que je ne franchirai pas.

En revanche, le refus d’entrer dans ce statut de membre, alors que toutes les conditions spirituelles le permettent, interroge sur la cohérence de cette démarche. En effet, rejeter le fonctionnement de la communauté locale revient à se soustraire à son autorité. Comment, dans cette situation, exercer en toute conscience un ministère d’enseignement, quel qu’il soit ? Comment assumer une responsabilité de « représentation » de l’Église (présidence des cultes ou autres ministères qui feraient de la personne « la vitrine » de l’Église) ? Ces ministères devraient être réservés à ceux qui entrent pleinement dans l’identité de l’Église en en acceptant à la fois les droits et les devoirs.

Néanmoins, à l’exception de ces ministères particuliers qui engagent l’Église de manière forte, je ne vois aucune raison pour laquelle le non-membre serait écarté de toute responsabilité, surtout s’il a manifesté son attachement à la communauté et son respect de l’autorité exercée.

Il y a donc tout un champ d’implication pour celui qui chemine dans nos communautés. Il n’aura certes pas l’accès à tous les services (selon ma conception du membre) mais aura cependant toute sa place dans l’Église.

Mon expérience pastorale m’a conduit à répertorier quatre raisons principales pour lesquelles le fidèle refuse de devenir « membre » :

  • Un traumatisme vécu dans une précédente communauté, alors qu’il était engagé.
  • Le refus de se laisser enfermer dans une dénomination ou dans une structure. « Rester libre ! »
  • Le conjoint chrétien n’est pas membre.
  • Une ecclésiologie différente.

Chacune doit être respectée. Le traumatisme vécu précédemment nécessitera un accompagnement pastoral pour panser des plaies douloureuses. Pour d’autres, c’est la qualité de vie de l’Église ou une bonne pédagogie qui pourront faire bouger les lignes et pour d’autres, enfin, il faudra tout simplement accepter cette particularité, sans jamais l’ostraciser, en allant aussi loin que possible dans l’accueil et l’intégration.

Article paru dans :

mai 2021

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L’Église Connexion, à Paris Châtelet – Les Halles

Jason Procopio
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