Auteur :
Albert Solanas
Église évangélique baptiste de Nîmes
Paru dans :
Lien fraternel de janvier 2020 (n° 96/01)
Rubrique :
À Bible ouverte
Mots-clés :
 

Il y a quelques mois, mon épouse et moi avons visité un musée de peinture, en compagnie de nombreux autres visiteurs. Nous avancions lentement en nous arrêtant un petit moment devant chaque tableau. Autour de nous, un bon nombre de personnes brandissant leur Smartphone, passaient rapidement d’une œuvre à l’autre en prenant des photos. Au lieu de laisser l’image impressionner la rétine de leur œil et produire une appréciation, ils la fixaient sur la mémoire numérique de leur téléphone mobile.

Quand je filmais en super 8, il y a une quarantaine d’années, on nous disait que pour bien filmer, il fallait rester au minimum cinq secondes sur un sujet, sans bouger la caméra, pour que notre œil ait le temps de le capter. Il fallait bien regarder, à cette époque-là, pour choisir quelles séquences on voulait enregistrer car le film que nous avions mis dans notre caméra ne permettait que trois minutes de prise de vues.

Quel contraste avec aujourd’hui ! Le numérique permet de photographier et de filmer sans limites. Et à quelle vitesse vertigineuse se succèdent les images qu’on voit défiler sur nos écrans ! Mais au fait, que voit-on ? Je voudrais proposer ici un parcours biblique sur le fait, non pas de jeter un coup d’œil, non pas seulement de regarder, mais de contempler.

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Les premières contemplations : les œuvres de Dieu dans la création

Après le châtiment des premiers humains par le Déluge, Dieu bénit Noé et sa descendance en établissant avec lui une alliance. Le signe de cette alliance, c’est l’arc-en-ciel (Gn 9.8-17). En regardant l’arc dans la nuée, Dieu se souvient de sa promesse : ne plus jamais détruire par un déluge les êtres vivants qui sont sur la terre, malgré le fait que le cœur de l’homme est porté au mal dès sa jeunesse. « Tant que la terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l’été et l’hiver, le jour et la nuit ne cesseront point » (Gn 8.21-22).

Contempler le ciel, contempler l’arc-en-ciel après la pluie, c’est donc pour les humains, voir, après l’ombre des nuages, les couleurs de la promesse et le signe de la miséricorde divine. La vie va continuer sur la terre et ses habitants pourront apprendre à connaître le Dieu créateur, le Dieu de l’alliance, le Dieu des faveurs qui se renouvellent jour après jour.

Après avoir choisi Abram, en qui seront bénies toutes les familles de la terre (Gn 12.1-3), Dieu le conduit hors de sa tente et lui dit : « Contemple le ciel et compte les étoiles si tu peux les compter. Telle sera ta postérité. » Abram fit confiance à l’Eternel et à cause de cela, l’Eternel le considéra comme juste. Dieu fit alliance avec Abram.

Contempler le ciel étoilé, c’est se souvenir d’Abraham, le père des croyants, qui fit confiance à Dieu et hérita des promesses pour l’avenir et pour le peuple d’Israël au sein duquel naîtra Jésus.

Le roi poète David a chanté la grandeur de Dieu en contemplant la beauté de la création. Dans un de ses psaumes, il s’écrie : « Éternel, notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre ! […] Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu as créées, qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui, qu’est-ce que l’être humain pour que tu prennes soin de lui ? Pourtant, tu l’as fait de peu inférieur à Dieu, tu l’as couronné d’honneur et de gloire. Tu lui donnes de régner sur les œuvres de tes mains. » (Ps 8.2, 4-7). « Merci d’avoir fait de moi une créature aussi merveilleuse : tu fais des merveilles et je le reconnais bien » (Ps 139.14).

Ainsi, celui qui contemple les cieux, la lune et les étoiles comme témoins de la grandeur, de la puissance et de la majesté de celui qui les a créés, célèbre ce Dieu au nom admirable et cela, d’autant plus qu’il a créé l’être humain à son image, lui donnant une extraordinaire dignité jusqu’à régner sur les œuvres des mains de Dieu.

Prendre le temps de contempler les beautés de la nature, les paysages, les montagnes et les mers, constitue une source inépuisable d’émerveillement.

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Quelle richesse de couleurs variées, du printemps à l’automne, du levant au couchant, aussi bien sur les feuillages des arbres dans les bois que sur les reflets du soleil irisant les vaguelettes au bord de la mer.

Et l’être humain, admirateur de la nature, est lui-même une source d’étonnement admiratif quand on le considère dans ses innombrables possibilités.

Reconnaître ces réalités, c’est contempler l’œuvre de Dieu, découvrir le Dieu qui l’a faite. L’apôtre Paul le rappelle au début de sa lettre aux Romains : « Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité se voient comme à l’œil nu quand on les considère dans ses ouvrages » (Rm 1.20).

Contempler les œuvres de Dieu dans l’Histoire

C’est tout particulièrement dans l’histoire du peuple d’Israël que les actions de Dieu en sa faveur sont visibles, depuis la sortie d’Egypte, la traversée de la Mer Rouge, jusqu’à l’entrée en Canaan et la vie dans le pays promis. C’est ce que le peuple rappelle, à la fin de la période vécue sous la conduite de Josué. Au mieux de ses dispositions, contemplant ce que Dieu a fait pour lui, voici ce que le peuple déclare : « C’est l’Eternel notre Dieu qui nous a fait sortir, nous et nos ancêtres, d’Egypte, le pays où nous étions esclaves, il a accompli sous nos yeux des signes extraordinaires, il nous a protégés tout au long du chemin que nous avons parcouru et parmi tous les peuples dont nous avons traversé le territoire. » (Jos 24.17). À la parole de Josué affirmant : « Moi et ma famille, nous adorerons l’Éternel » (Jos 24.15), le peuple répond : « Nous aussi, nous voulons adorer l’Eternel car il est notre Dieu » (Jos. 24.21,24).

Les psalmistes aussi racontent l’œuvre de Dieu en faveur de son peuple. Il s’agit surtout des victoires contre les ennemis. « Venez, contemplez tout ce que l’Eternel a fait, les ravages qu’il a opérés sur la terre. Il fait cesser les combats jusqu’aux confins de la terre […] Il a consumé au feu tous les chars de guerre […] Avec nous est l’Éternel des armées célestes. Nous avons pour citadelle le Dieu de Jacob. » (Ps 46)

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La contemplation des œuvres de Dieu dans l’histoire de son peuple doit rappeler aux croyants qu’il est le Dieu des délivrances, le libérateur de toutes les servitudes, le salut des siens.

Contempler la Loi de Dieu, ses préceptes, sa Parole

Le plus développé des psaumes chante les admirables réalités de la parole de Dieu. Au cœur de ce chant, nous entendons cette prière : « Ouvre mes yeux pour que je contemple les merveilles de ta loi » (Ps 119.18). Tout au long de ce poème, nous voyons comment son auteur savoure les richesses, la beauté, la force de la parole de Dieu. « Je veux méditer sur tes préceptes et fixer mes regards sur les voies que tu traces » (v. 15). « Fais-moi discerner le chemin tracé par tes décrets pour que je médite sur tes merveilles » (v. 27). « Je fais mes délices de tes commandements car je les aime » (v. 47). « Je vois des bornes à tout ce qui est parfait ; tes commandements n’ont point de limite » (v. 96). « Ta parole est comme une lampe qui guide tous mes pas, elle est une lumière éclairant mon chemin » (v. 105).

Contempler les merveilles de la parole de Dieu, c’est mieux connaître le Dieu qui a donné sa loi à son peuple pour en faire le peuple le plus sage de la terre. C’est se préparer à recevoir par la foi la Parole venue parmi les humains, Jésus Christ.

Contempler l’œuvre du salut de Dieu manifesté en Jésus-Christ

Siméon, le juste, attendait la consolation d’Israël. ’est lui qui, recevant dans ses bras le petit enfant ue Joseph et Marie amenaient dans le Temple, délara : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur ’en aller en paix, selon ta parole, car mes yeux ont u ton salut, salut que tu as préparé devant tous les euples, lumière pour éclairer les nations, et gloire ’Israël ton peuple. » (Lc 2.29, 30-32).

Venu sur la terre pour accomplir le dessein de Dieu, Jésus déclare : « Celui qui me voit, voit celui ui m’a envoyé. […] Celui qui m’a vu a vu le Père » Jn 12.45 ; 14.9). Aux disciples de Jean le Baptiseur enus transmettre ses interrogations à Jésus (« Es-tu elui qui doit venir ou devons-nous en attendre un utre ? »), celui-ci leur répond : « Allez dire à Jean e que vous avez vu et entendu » (Mt 11.3-4), c’est-à-dire témoignez des œuvres puissantes accomplies ar l’envoyé de Dieu pour le salut des humains.

La contemplation du tombeau vide a conduit apôtre Jean à accepter la vérité de la résurrection e Jésus : « Il entra dans le tombeau, il vit et il crut » Jn 20.8,28).

Au début de son Évangile, Jean déclare à propos de ésus : « La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père » (Jn 1.14).

La contemplation de Jésus, de sa naissance à sa résurrection, c’est le regard qui engendre la foi, la nourrit et la fait grandir tout au long de la vie.

Contempler ou agir ?

À quoi conduit la contemplation de Jésus-Christ ?

À une époque où l’on aimait caractériser les dominantes du tempérament des personnes, certains opposaient les « contemplatifs » et les « actifs ». Pourrait-on percevoir quelque chose de ces désignations en constatant les différences de comportement entre Jean et Pierre par exemple ? Deux textes importants me semblent éclairants pour notre interrogation.

Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, l’apôtre Paul déclare : « Nous tous qui, le visage dévoilé, contemplons et reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande par le Seigneur qui est Esprit » (2Co 3.18).

Paul emploie ici un mot rare auquel deux sens peuvent être attribués : contempler ou refléter. Ce verbe grec, dans notre texte, est à la voix moyenne. Il exprime la participation du sujet comme intéressé personnellement à l’action et transforme la réceptivité passive en réceptivité active. Dw’où notre traduction : « contemplons et reflétons ».

Dans sa lettre, l’apôtre Jacques écrit : « Si quelqu’un écoute la parole et ne la réalise pas, il ressemble à un homme qui observe dans un miroir le visage qu’il a de naissance : il s’est observé, il est parti, il a tout de suite oublié de quoi il avait l’air. Mais celui qui s’est penché sur une loi parfaite, la loi de la liberté, et s’y est appliqué, non en auditeur distrait mais en réalisateur agissant, celui-là trouvera le bonheur dans ce qu’il réalisera. » (Jc 1.23-25).

Contempler et refléter, méditer et agir

La contemplation à la fois admirative, réfléchie et entraînante de la Parole de Dieu non seulement nourrit notre foi mais nous engage dans le témoignage pour faire de nous, pour notre génération, ce que Jésus nous appelle à être : sel de la terre et lumière du monde.

Ainsi, pouvons-nous faire nôtres les prières du psalmiste pour lui-même et de l’apôtre Paul pour les chrétiens d’Éphèse afin de mieux connaître Dieu et mieux comprendre ce qu’il nous dit dans sa Parole.

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« Ouvre mes yeux pour que je contemple les merveilles de ta loi » (Ps 119.18). « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation dans sa connaissance et qu’il illumine les yeux de votre cœur pour que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu’il réserve aux saints, et quelle est envers nous qui croyons, l’infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force. Cette force, il l’a déployée en Christ en le ressuscitant des morts et en le faisant asseoir à sa droite, au-dessus de tout. […] Il a tout mis sous ses pieds et il l’a donné pour tête à l’Eglise qui est son corps, la plénitude de celui qui (Ep 1.17-23). ■