Auteur : Lydia Lehmann
Pasteure, Église protestante évangélique Le Cépage, Bruxelles-Ganshoren.
Paru dans le Lien fraternel de juillet 2016 (n° 92/6-7)
Rubrique : À Bible ouverte

[ Dans votre Bible : Psaume 116 ]

Un cri du cœur, cri de reconnaissance et d’amour. Le psaume 116 commence par ces paroles : « Oui, j’aime l’Éternel car il m’entend lorsque je le supplie ». Tout au long du psaume l’émotion est palpable : phrases laissées en suspens, pensées inachevées. On passe d’une expérience de détresse à la louange, et vice-versa. Tentant de démêler un peu tout cela, nous méditerons ce psaume en trois étapes exprimées dans la vie du psalmiste avec Dieu, des étapes qui nous renvoient à nos propres vies !

Angoisse et tristesse

La situation que le psalmiste a vécue était profondément douloureuse. Il utilise des expressions très fortes pour mettre des mots sur ce qu’il a ressenti. « Les pièges de la mort m’avaient enveloppé, les terreurs du séjour des morts m’avaient déjà saisi, j’étais accablé de tristesse et d’angoisse. » (v. 3).

A-t-il été menacé par des gens qui en voulaient à sa vie ? Était-il proche de la mort à cause d’une maladie grave ? Peut-être décrit-il une situation très difficile, tellement éprouvante qu’il a l’impression d’être dans les pièges de la mort. Un très grand découragement, des pensées négatives qui tirent vers le bas, la dépression peuvent être décrits dans ces termes. Plusieurs interprétations sont possibles, ce qui nous permet de nous identifier à la personne qui a écrit cette prière et nous livre ici si honnêtement son ressenti.

« Dans mon accablement, j’en venais à me dire : " Tout homme est un menteur ! " » (v. 11). Comment comprendre ces paroles catégoriques ? Le psalmiste l’avoue lui-même : « Je l’ai dit dans mon accablement. » C’est une pensée qui est née du désespoir, de la déception. On regarde à droite et à gauche en espérant trouver de l’aide dans une situation de grande souffrance et on expérimente qu’il n’y a pas d’aide véritable du côté des êtres humains.

Victoire

Où cherchons-nous de l’aide ? Nous tournons- nous d’abord vers Dieu ou nous accrochons-nous à toutes sortes de secours en dehors de lui ? Nous pouvons nous aider mutuellement, nous entraider, nous encourager dans la foi, mais notre véritable secours vient de Dieu. Il est utile de chercher de l’aide auprès de frères et sœurs, de pasteurs, de conseillers, de psychologues ou autres. Mais notre véritable secours vient de Dieu. Méditer cette vérité peut nous éviter de dire à notre tour, dans notre accablement : « Tout homme est un menteur ! »

Notre véritable secours vient de Dieu. Si d’autres personnes peuvent nous aider, c’est toujours grâce à Dieu, car toutes bonnes choses viennent de lui. Ainsi le secours nous vient de Dieu, même par l’intermédiaire des êtres humains qui peuvent être des aides précieuses sur notre chemin. Le psalmiste finit par mettre sa foi en Dieu seul, car il a compris que les êtres humains ne pouvaient pas le secourir, qu’ils étaient surtout incapables de le libérer des pièges de la mort.

Lueur d'espoir

« Alors j’ai appelé l’Éternel au secours. » (v. 4). Oui, le psalmiste a finalement fait cette démarche. Il a supplié Dieu. Il a appelé l’Éternel au secours. C’est à ce moment-là que le changement intervient dans sa vie. « J’ai appelé l’Éternel au secours. » « J’ai cessé de m’agripper à mon chagrin. J’ai fait la démarche de laisser Dieu entrer dans ma souffrance, de le laisser me rejoindre. » C’est un pas souvent difficile, car il nous rend vulnérables. Nous prenons le risque d’être à nouveau blessés, déçus, de ne pas recevoir le secours que nous avions espéré. Mais ce pas en vaut la peine malgré tout. Nous n’allons pas le regretter ! Commençons par nous lancer, par expérimenter par nous-mêmes que le secours vient de l’Éternel et ensuite nous ne pourrons plus nous passer d’intégrer Dieu dans notre souffrance, d’accueillir sa présence réconfortante.

Délivrance

« Il m’entend. » (v. 1). Dieu m’a entendu, Dieu m’a écouté ! Oui, Dieu nous entend même si nous avons parfois l’impression qu’il n’est pas attentif à nos cris de détresse. Dieu, créateur de l’univers, le Tout-Puissant, est en fait tellement attentif à nous qu’il perçoit nos cris, même s’ils sont intérieurs, même s’ils en restent aux murmures de nos cœurs.

Le psalmiste fait l’expérience que Dieu est réel, au cœur de sa vie. Et cela change sa manière de voir la vie, le regard qu’il pose sur les autres autour de lui aussi. Cela le fait sortir du désarroi, de la déception qu’il avait vécue dans sa relation avec les autres, de sa solitude. Le fait que l’Éternel entende ranime son amour pour Dieu.

« J’aime l’Éternel car il m’entend. » C’est un début de psaume assez inhabituel (voir aussi le Ps 18). Dans notre vie quotidienne, avons-nous l’habitude de dire « J’aime l’Éternel » ? Et dans nos prières, osons-nous dire à notre Dieu : « Je t’aime » ?

Ce psaume nous invite à le faire, à oser dire à notre Dieu « Je t’aime » même si nous savons que notre amour pour lui n’est pas parfait. Nous examinons parfois trop nos motivations, les recoins de notre âme et nous prêtons attention à cette petite voix qui nous dit : « Est-ce que tu l’aimes vraiment, ton Dieu ? Regarde ce que tu as encore fait, dit, pensé. » Mais quand nous disons « Je t’aime » à un autre être humain cela ne veut pas dire « Je t’aime parfaitement, dans toutes les situations ». Non, « Je t’aime », veut plutôt dire : « Je veux t’aimer, j’ai pris l’engagement de t’aimer, même si parfois j’ai du mal à le faire, même si je te blesse parfois. » Cela est vrai dans nos relations humaines, mais aussi dans notre relation avec Dieu. « Je veux t’aimer mon Dieu, toujours

plus, conformer mes pensées aux tiennes, t’aimer de tout mon être. Mais je sais, et toi tu le sais encore davantage, que cela prendra du temps et que c’est uniquement possible par ton action constante en moi. » Nous avons à progresser dans l’amour que nous avons pour notre Dieu, pour l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée. Mais que cela ne nous empêche plus de dire aujourd’hui « J’aime l’Éternel », « Oui, je t’aime, mon Dieu ».

Aide

Dieu a donc entendu et il a délivré de la mort (v. 8), que celle-ci ait été physique ou spirituelle pour le psalmiste. Si nous avons confié notre vie à Dieu, nous vivons aussi cette réalité. « Tu m’as délivré de la mort, de la séparation éternelle avec toi. Tu m’as délivré de l’emprise du péché sur moi, tu es en train de m’en dégager, toujours plus. Tu me délivres des pièges de la mort qui veulent encore me garder prisonnier : pièges de la jalousie, de l’indépendantisme, du désir de contrôler, de l’orgueil, de la culpabilité, du perfectionnisme, de la dépréciation de soi… » Même si nous devons passer par la mort physique, Dieu nous a déjà délivrés de ce que d’autres passages de la Bible appellent la « seconde mort ».

Le verset 15 nécessite quelques explications. La Bible du Semeur traduit : « Elle est précieuse aux yeux de l’Éternel la vie de ses fidèles. » Mais dans des traductions plus littérales, on trouve plutôt : « Elle est précieuse aux yeux de l’Éternel la mort de ses fidèles. » Étrange affirmation ! Il faut probablement comprendre : « Il en coûte à l’Éternel de voir mourir ses fidèles. » L’expérience que vient de faire le psalmiste lui a appris que l’Éternel ne livre pas volontiers ses enfants à la mort. Dieu n’aime pas nous voir souffrir. Notre vie est précieuse pour Dieu, notre vie physique et davantage encore la vie que nous aurons auprès de lui et qui a commencé en nous. Que ce verset puisse nous toucher là où nous nous sentons parfois abandonnés par Dieu. « Il en coûte à l’Éternel de voir mourir ses fidèles », car il est un Dieu plein de tendresse. Le verset 5 fait écho à un dialogue entre Dieu et Moïse où Dieu dit de lui-même qu’il est un Dieu de tendresse. Ce dialogue a lieu après l’épisode du veau d’or. En se construisant cette statue le peuple dit ouvertement : « Nous n’avons pas besoin du vrai Dieu ». Moïse intercède alors pour le peuple et supplie Dieu de lui pardonner. Et dans ce dialogue touchant avec Dieu Moïse demande une faveur particulière : contempler la gloire de Dieu. Dieu lui répond qu’il ne pourra pas voir sa face, mais se révèle à lui « de dos ». Dieu passe devant Moïse en proclamant : « L’Éternel, l’Éternel, un Dieu de tendresse et de grâce, lent à se mettre en colère, et riche en amour et fidélité ! » (Ex 34.6). Notre Dieu est un Dieu de tendresse… Une tendresse qui nous échappe souvent. Une tendresse qui a pourtant une puissance telle qu’elle est capable de nous délivrer de la mort(1).

Engagements

Quel sera mon comportement suite à la délivrance ? Le psalmiste répond ainsi : « J’invoquerai Dieu tous les jours de ma vie. » (v. 2). Plus loin, il dira à deux reprises : « Je m’adresserai à l’Eternel lui-même. » (v. 13,17).

C’est assez pragmatique. J’étais dans la souffrance, dans de très grandes difficultés. J’ai appelé l’Éternel au secours, et il m’a entendu. En conséquence : « Je l’invoquerai donc tous les jours de ma vie. » J’invoquerai ce Dieu de tendresse, ce Dieu qui m’a délivré de la mort, de la mort éternelle, ce Dieu qui m’a fait du bien.

Aide

Au centre du psaume, nous trouvons le deuxième engagement du psalmiste, le leitmotiv de sa vie à venir : « Je marcherai encore sous le regard de l’Éternel au pays des vivants. » (v. 9). « Je marcherai. » Non pas « Je courrai ». « Marcher, mon Dieu, c’est consentir à la lenteur, à la modestie. L’envers de la réussite, de l’efficacité ou de l’immédiateté, ces nouveaux dieux de nos sociétés(2). »

Je marcherai, à mon rythme, parfois plus vite, parfois plus lentement, mais je marcherai. Combien il est difficile de faire taire cette voix en nous, qui dit : « Mais allez, en tant que chrétien tu dois faire ça, c’est normal, il faut être engagé, il faut faire. » Combien il est difficile de sortir de cette spirale où nous nous activons tout le temps et combien elle peut être éloignée de l’Évangile de Dieu !

Marcher demande « de la patience, toujours. Du courage, parfois. De l’effort, souvent. Marcher ne se fait pas tout seul. Pas sans le corps, avec ses fragilités, ses grincements au fil des ans, sa fatigue. Mais aussi avec la joie d’être là, d’habiter sa peau pour espérer […] approcher Dieu(3). »

Cela rejoint notre psaume. Marcher « sous le regard de l’Éternel », cela veut dire que nous ne marchons pas seul(e)s ; le regard de l’Éternel est un regard bienveillant, un regard plein d’amour, un regard qui est aussi attentif aux dangers qui pourraient nous attendre au prochain tournant.

« Marcher en ta présence, c’est retrouver le goût de l’horizon quand parfois, dans nos vies, tout paraît sans relief. L’horizon c’est alors désirer te ressembler – devenir vivant – à travers ton fils, lui, le Vivant qui a tant marché(4).

La personne qui écrit ce psaume a été tout près de la mort, mais maintenant elle est vivante. Non plus repliée sur elle-même, mais ouverte aux autres autour d’elle. Tout cela se passe « au pays des vivants », avec d’autres personnes qui sont elles aussi en train de marcher. La présence de Dieu dans sa vie est sa force, une force qui lui permet de dire publiquement ce que Dieu a fait pour elle. Dire publiquement… Cela peut être simplement aller voir une personne de confiance pour lui raconter de ce que nous avons vécu avec Dieu. Mais cela peut aussi être quelque chose de collectif, quelque chose par exemple que nous faisons chaque dimanche en communauté…

Au verset 12, le psalmiste pose la question : « Que puis-je rendre à l’Éternel pour tous ses bienfaits envers moi ? » Et il ne trouve pas de réponse, sinon les biens que Dieu lui a donnés : « J’élèverai la coupe du salut. » « La coupe du salut » peut renvoyer ici à des libations qui accompagnaient un sacrifice de communion. Mais « la coupe du salut » nous fait aussi penser à la coupe du repas de la Pâque qu’on faisait circuler en souvenir de la délivrance de l’esclavage en Égypte. Jésus a chanté ce psaume 116 lors de son dernier repas avec ses disciples, peu avant sa mort. Ce psaume fait partie d’un ensemble de psaumes (Psaumes 113-118) qu’on a appelé « Hallel » et qui est chanté lors de cer- taines fêtes juives.

La coupe du salut

Notre Seigneur Jésus a trouvé du réconfort dans ce psaume si personnel qui exprime tant d’émotions, qui parle finalement aussi de la vie de Jésus : Dieu l’a délivré de la mort, même s’il a dû passer par la mort physique. Jésus est le premier qui peut dire : « J’élèverai la coupe du salut. »

Aujourd’hui, cette « coupe du salut » nous renvoie à la coupe de la sainte cène que nous élevons ensemble, où nous proclamons les uns aux autres que Dieu nous a délivrés de la mort, où nous proclamons la mort du Seigneur Jésus et avec cela sa victoire sur la mort. Ainsi nous disons publiquement ce que Dieu a fait pour nous.

« Ô Éternel, ne suis-je pas ton serviteur ? Oh, oui, ton serviteur, le fils de ta servante. » (v. 16). Une des conséquences de la délivrance, qui résume toutes les autres, c’est que le psalmiste veut être disponible pour Dieu. Il a choisi d’être à son service, de vivre sa vie pour lui.

Le « J’aime l’Éternel » du début trouve finalement comme un écho à la fin du psaume : « Louez tous l’Éternel. » Le psalmiste nous exhorte, nous qui aimons l’Éternel : qu’à notre tour, en comptant sur le secours de notre Dieu, nourris de sa tendresse et élevant la coupe du salut, nous puissions vivre cette réalité au quotidien : louer l’Éternel. Amen. ■


Notes :

  1. Cf. Daniel Bourguet, La tendresse de Dieu, Éditions Olivétan, 2012, p.29.
  2. Sœur Véronique Margron, psaumedanslaville.org/psaume/psaume-114-sur-la-terre-des-vivants.
  3. Op. cit.
  4. Op. cit.