Paul Appéré
Le Lien fraternel : Comment êtes-vous devenu chrétien ?
Paul Appéré. Le Seigneur m’a d’emblée accordé une grâce inestimable, celle de naître dans un foyer chrétien rayonnant. C’est ainsi que mon enfance a été bercée de l’Évangile : une mère tendre pour m’ouvrir à la connaissance de Dieu, un père aimant pour me laisser entrevoir toutes les richesses de sa Parole et une Église attentionnée, l’Église de Genève, pour m’encourager sur le chemin de la foi.
Ce n’est pourtant qu’à l’âge de seize ans que, convaincu de péché, j’implorais la grâce divine et faisais l’expérience d’un pardon inespéré.
Deux ans plus tard, je demandais à témoigner publiquement de ma foi et passais par les eaux du baptême.
Quand et comment avez-vous su que vous deviez vous préparer au ministère pastoral ?
J’ai longtemps affirmé que je ne voulais pas être pasteur comme mon père : trop de tracas pour un salaire de misère.
C’est au cours de ma dernière année de lycée que tout a basculé. Mystérieusement. Mes ambitions premières ont soudain commencé de se dissiper tandis que se fortifiait en moi la conviction que le Seigneur m’appelait à le servir comme conducteur.
Les amis consultés s’amusaient : jeune et timide comme je l’étais, je me fourvoyais en pensant pouvoir embrasser une telle carrière. Seuls mes parents crurent en mon appel.
Pour moi, je n’en doutais plus et, quelques mois plus tard, m’envolais seul pour le Canada. J’avais dix-huit ans et entrais en formation au Séminaire baptiste de Toronto. Quatre années qui me permirent de redécouvrir sous un nouveau jour en même temps que la majesté de Dieu, l’éclat de sa grâce. Et de rencontrer mon épouse.
Comment avez-vous- découvert l’Association baptiste ?
En naissant !
Mon père venait de fonder l’Église baptiste de Genève lorsque j’ai vu le jour. Je puis donc dire que je suis né et que j’ai grandi dans l’Association.
Plus sérieusement, c’est après que l’Église de la Rue de Sèvres m’a appelé à la rejoindre que mes liens personnels avec cette union ont commencé de se développer.
À partir des années quatre-vingt, l’honneur m’a été fait de la servir en qualité d’administrateur et, pendant deux ans, de président de son Conseil.
Ces années bénies m’ont offert des maîtres dont je ne suis pas près d’oublier les immenses qualités spirituelles et humaines ; ainsi, mon père, bien sûr, mais également André Loverini, Louis Grosrenaud, Bror Jens Berge, Hanna Ropp, Robert Huser, Albert Solanas…
Qu’appréciez-vous particulièrement aujourd’hui dans l’Association baptiste ?
Depuis mon départ de Paris et mon installation en Beauce, mes liens avec l’Association se sont distendus. Mais ce que je lis et entends à son sujet est plutôt rassurant.
Je me réjouis en particulier d’apprendre que toutes les Églises ne sont plus aussi imperméables à l’idée qu’une femme qualifiée puisse exercer un ministère doctoral, voire pastoral.
Il me paraît encourageant également de voir l’Association devenue « attractive » au point d’attirer à elle des assemblées venues d’horizons très divers.
Je constate enfin avec plaisir que son désir légitime de se renouveler pour rester pertinente ne l’a pas arrachée à ses racines. Son souci de ne pas dilapider son héritage l’honore. Elle reste attachée aux valeurs qui la distinguent depuis son origine et va parfois jusqu’à rendre hommage à ses aînés !
Avez-vous des vœux à formuler pour l’avenir de l’Association baptiste ?
Si je ne puis plus être membre de l’une de ses Églises, je reste attaché à l’Association. Son avenir continue donc de m’importer.
Mon premier vœu est que cette union conserve jalousement le souci qui la caractérisait hier encore, de toujours tout tester à l’aune de l’Écriture. Que ce soit en matière de foi ou en matière d’action, continuer obstinément de poser la question « Que dit l’Écriture ? ». Une discipline exigeante, mais vitale. N’oublions jamais que « ce qui marche » ou « ce qui plaît » n’est pas toujours « ce qui réjouit le cœur de Dieu ».
Mon deuxième vœu est que l’heureux engouement pour l’évangélisation et l’implantation de nouvelles Églises ne prive pas les assemblées existantes des ressources dont elles ont besoin pour grandir et se fortifier à tous égards. Et ce d’autant plus que les temps sont de plus en plus défavorables aux chrétiens.
Mon troisième vœu concerne les pasteurs : qu’ils se rappellent que leur Église ne sera jamais mieux servie que lorsqu’ils s’imposeront de passer du temps à prier pour elle et s’astreindront à lui transmettre « tout le conseil de Dieu ». Je crains que l’intercession ne soit le point faible de beaucoup et que tous ne résistent plus suffisamment à la tentation de n’offrir à leur assemblée que du « lait ». Donner faim, mettre en appétit et mitonner de bons petits plats, telle devrait être à mon sens l’ambition partagée par tous les ministres de la parole.
Mon quatrième et dernier vœu se rapporte encore aux conducteurs : que leur engagement enthousiaste au service des autres ne les prive pas des joies pleines que seuls procurent ces moments précieux entre tous où l’on prend le temps de se rapprocher de Dieu et de converser avec lui. Comme ensoleillés par de telles rencontres, ils sauront alors dispenser autour d’eux cette chaleur et cette lumière dont notre monde est si largement dépourvu.
Une question plus légère pour conclure : pourquoi cette cravate dont vous ne vous défaites jamais ?
Parce qu’elle est expression du respect que je dois et porte à l’autre. Et qu’elle est à peu près le seul ornement dont nous, les hommes, disposons pour marquer élégamment notre différence.
Propos recueillis par Christian Baugé