PAR : Léo Lehmann
Membre du comité de rédaction, pasteur, Église protestante évangélique de Wavre

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À Bible ouverte
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« Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui proviennent les sources de la vie », nous dit le livre des Proverbes (4.23). Qu’y a-t-il dans votre cœur en ce début d’année ?

Dans nos vies souvent bien remplies, nous ne prenons pas forcément le temps de nous poser cette question. Et puis, ce que l’on trouve dans notre cœur ne nous réjouit malheureusement pas toujours…

L’un va trouver son cœur rempli de craintes pour l’avenir. D’autres cœurs sont peut-être pleins d’irritation. Un autre encore va voir son cœur attaché plus que tout à des biens ou des personnes qui le sécurisent mais risquent à tout moment de lui échapper. Alors nous préférons parfois ne pas regarder à nos cœurs et remplir nos vies de bruit et d’activité. Mais, que nous en soyons conscients ou non, ce qui s’y passe influence notre état d’esprit, nos réactions face aux autres… Cela change la qualité de nos vies.

Comment avoir des cœurs qui soient réellement source de vie, pour nous et autour de nous ? À l’écoute du Psaume 51, j’aimerais vous proposer deux idées-clés à ce sujet : oser le diagnostic et redécouvrir le Dieu médecin.

Oser le diagnostic

Le Psaume 51 est connu comme un psaume de repentance. David a commis l’adultère avec Bat-Chéba et a fait tuer son mari Urie pour couvrir sa faute (2S 11). Face au prophète Nathan qui le démasque, le roi a pris conscience de ses agissements. Il ne minimise rien. Ses paroles montrent qu’il est bouleversé par ce qu’il a fait. Il constate vraiment le tort dont il a été l’auteur, et en est profondément attristé. Il se repent.

Mais on pourrait aussi parler d’un psaume de diagnostic. Par sa confession, David fait ici un état des lieux détaillé de son être intérieur, de son cœur. Et il voit bien combien son péché conduit à un besoin de purification : « Lave-moi de mon péché ! Purifie-moi de ma faute ! » (v. 4). « Purifie-moi du péché avec un rameau d’hysope et je serai pur. Lave-moi et je serai plus blanc même que la neige. » (v. 9).

photo d'échographie

Nous rattachons aujourd’hui plutôt le vocabulaire de la purification au péché, mais dans le culte israélite, les prêtres qui purifiaient de l’impureté du péché étaient les mêmes qui purifiaient des souillures ou des maladies (voir Lv 11-15). De même que le peuple devait être préservé des maladies, il devait être préservé du péché. Impureté du péché et impureté de la maladie étaient comme liées. Il en reste un écho lorsque le vocabulaire de la purification que le Nouveau Testament applique essentiellement à la problématique du péché apparaît concernant la guérison de lépreux (par exemple Mc 1.40-44).

Au-delà du vocabulaire, la maladie représente très bien certains aspects de ce qu’est le péché dans l’Écriture, se transmettant de génération en génération et affectant tous les humains de toutes sortes de symptômes. Pour l’apôtre Paul, la persévérance dans le péché appelle à une mise à l’écart pour éviter la contagion de la communauté (1Co 5), comme on mettrait en quarantaine un malade. Le péché nous affaiblit, nous fait souffrir, nous désoriente, déforme notre vision des choses, nous fait adopter des comportements insensés, voire nous pousse à nous détruire nous-mêmes. Et le péché est bien souvent contagieux, le mal engendrant le mal.

Le péché est bien sûr aussi décrit dans la Bible comme une offense contre Dieu. Il nous rend coupables devant lui. Mais dans le même temps, le péché est aussi une maladie dont nous sommes à certains égards victimes. « Je suis, depuis ma naissance, marqué du péché ; depuis qu’en ma mère j’ai été conçu, le péché est attaché à moi. » (v. 7). David ne l’a pas choisi à l’origine. Tous, nous en avons simplement hérité, comme l’ensemble de l’humanité. Et comme l’ensemble de l’humanité, David le reconnaît pour lui-même (v. 3-6,11,16). Nous nous rendons coupables en choisissant de laisser libre cours à cette maladie qui nous défigure et défigure la création de Dieu.

Orgueil, envie, jalousie, colère sans mesure, amertume, désir de revanche, amour des biens matériels, excès en tous genres… L’apparition régulière de ces choses dans nos cœurs témoigne de notre infirmité spirituelle. Que nous soyons prêts à le voir ou non, tous nos cœurs sont blessés, de diverses manières. Mais la bonne nouvelle, c’est que ceux qui reconnaissent l’état de leur cœur ont de l’espoir. David a vu où il en était, mais il se présente avec confiance devant Dieu : « Le seul sacrifice qui convienne à Dieu, c’est un esprit humilié. Ô Dieu, tu n’écartes pas un cœur brisé et contrit. » (v. 19).

Redécouvrir le Dieu médecin

En effet, en reconnaissant le péché comme une forme de maladie, nous ouvrons aussi la voie à redécouvrir le Dieu médecin…

Oui, David espère le pardon de Dieu. C’est un élément crucial de l’Évangile, sans lequel le reste est impossible. Mais David espère plus encore que cela. Il ne se présente pas simplement devant un juge dont il espère l’acquittement. Il sait bien sûr que le pardon de Dieu est disponible en abondance, et cela lui donne la liberté de ne rien cacher de sa faute. Mais s’il s’étend si largement devant Dieu, c’est aussi parce qu’il compte bien que Dieu fera plus qu’effacer sa dette.

De la situation misérable où il est arrivé, ses « os broyés », dit-il au v. 10, David espère retrouver une pleine santé, la santé d’un croyant plein de la joie du salut, plein de force, affermi en Dieu, prêt à soutenir d’autres en leur montrant le chemin de la vie. David espère une guérison de son cœur, une renaissance de son être intérieur.

Comme le dit un commentateur : « La profonde connaissance de soi perçue dans les v. 5-7 aurait pu conduire au désespoir. Au contraire, elle a élargi le champ des prières de David(1). » Nous pouvons espérer dans le Dieu médecin. C’est cela qui permet à David de parler comme il le fait. Et c’est une vérité qui se retrouve souvent dans l’Écriture.

Au-delà des guérisons physiques dont nous témoigne la Bible, Dieu veut guérir nos âmes : « C’est lui qui pardonne toutes tes iniquités, qui guérit toutes tes maladies. » (Ps 103.3), chante David à son âme. Ailleurs, il peut encore adresser cette prière à Dieu : « Je dis : Éternel, aie pitié de moi ! Guéris mon âme car j’ai péché contre toi. » (Ps 41.4). Et face aux péchés d’Israël, Dieu choisit lui-même de se présenter non pas comme celui qui pardonne, mais comme celui qui veut guérir : « Revenez, fils rebelles, je veux guérir vos rébellions ! » (Jr 3.22).

Cette idée m’invite à élargir mon regard sur certains passages bibliques. Lorsque Dieu commande, ordonne, reprend, certains l’imaginent comme un personnage autoritaire qui voudrait leur dicter leur conduite. Et s’il s’agissait d’un médecin qui veut nous prescrire les bonnes habitudes et les remèdes qui permettront la santé de notre cœur ?

Ce que Dieu nous demande dans sa Parole n’est pas juste un code de bonne conduite à observer pour être en règle avec lui. C’est une hygiène pour notre vie, pour notre cœur. Dieu est un médecin qui vous veut du bien.

médecin

C’est ainsi qu’il agit tout au long de l’histoire d’Israël, cherchant à détourner son peuple du mal, à le guérir de ses maladies, le délivrer des pensées et des manières d’agir qui maintenaient son cœur en prison. Et c’est ainsi aussi qu’il s’est révélé en Jésus-Christ. Jésus-Christ, dans son amour, nous a montré l’étendue de notre misère, de notre maladie. L’humanité est tellement malade que, lorsqu’elle a été mise en présence du seul juste, elle a choisi de le tuer. Imaginez à quel point il nous faut être atteints pour en arriver là.

Et Jésus nous a aussi montré l’étendue de l’engagement divin pour notre guérison. À la Croix, il a porté la culpabilité qui était la nôtre pour que nous puissions, comme David en son temps, recevoir le pardon, chaque fois que nous le demandons, pour que nous puissions nous exposer devant Dieu avec nos maladies. Mais il ne s’est pas arrêté là.

Par son amour pour les hommes, par son exemple, par ses paroles, et par le Saint-Esprit qu’il a envoyé dans son Église après son ascension, il veut nous guérir en profondeur de notre attachement au péché. Il veut restaurer nos cœurs. En Jésus, notre Dieu-médecin se révèle proche de nous, compatissant, aimant, engagé à nos côtés, et le meilleur des spécialistes en matière de guérison des cœurs.

Dans certains passages des Évangiles, on a parfois l’impression que l’auteur joue avec le mot « salut ». Nous sommes habitués à ce mot : en tant que chrétiens, nous affirmons volontiers que nous sommes sauvés. Sauvés de la mort, de la condamnation, de l’enfer… Mais le mot grec qui est employé à ce sujet dans les Évangiles a un double sens. Le « salut », c’est aussi la « guérison ». Et lorsque Jésus s’adresse à une personne qu’il vient de guérir physiquement, on ne sait pas toujours s’il faut traduire « Ta foi t’a sauvé » ou « Ta foi t’a guéri » (par exemple Mt 9.20-22).

Mais quoi qu’il en soit, le salut apporté par Jésus-Christ est bel et bien source de guérison. C’est en Jésus que s’accomplit le projet de notre Dieu médecin (voir aussi Mt 8.16-17). Les guérisons physiques ne sont qu’un signe de l’ampleur de ce que l’Éternel est en train de faire jusqu’au plus profond de nos cœurs.

Soigner nos cœurs blessés

Alors, comment nous laisser guérir par lui ?

Cela commence justement par oser le diagnostic. On ne soigne pas une maladie que l’on ignore. Pour cela, il nous faut chercher où se trouve notre cœur. Jésus nous met sur sa piste : il se trouve là où sont les « trésors » auxquels nous nous sommes attachés (Mt 6.21). Quelles sont les choses qui vous occupent ? Où vagabonde votre esprit ? Qu’est-ce qui dicte vos priorités ?

Au milieu de tout cela, il appartient à chacun de faire le tri : tous nos « trésors » ne sont pas mauvais, mais certains nous égarent et capturent notre cœur loin de Dieu. Quel regard l’Écriture nous propose-t-elle sur ceux-ci ? Qu’en pensent nos proches, nos frères et sœurs dans la foi, nos « Nathan » ?

À partir des diagnostics que nous ferons, nous avons besoin de redécouvrir le Dieu médecin. Repentons-nous de ce par quoi nous nous faisons du tort ou faisons souffrir les autres. Nous avons une responsabilité dans les maladies que nous avons laissé s’installer, mais ne restons pas sur la culpabilité alors que Christ nous en a libérés. Accueillons son pardon et demandons la guérison de nos cœurs.

Prions qu’il nous éclaire sur les racines de certains maux. Prions qu’il nous libère de mauvaises manières de penser et nous montre la vérité. Prions qu’il nous rassure dans les angoisses qui nous déroutent. Prions qu’il nous conduise vers des frères et sœurs qui pourront nous accompagner dans notre marche. Prions qu’il nous illumine par l’exemple de Jésus et qu’il transforme nos cœurs à son image. Prions…

Et apprenons à suivre ses prescriptions et à adapter notre alimentation. Rien de très nouveau ici : écoute de la Parole de Dieu, prière, fréquentation des frères et sœurs, rejet du mensonge et accueil de la vérité. Autant de moyens par lesquels notre Dieu médecin veut nous aider à mettre notre cœur en sécurité auprès de lui.

« Il y a urgence aujourd’hui à redire à nos contemporains que Dieu est un médecin. […] Il y a urgence à le dire à tous ceux qui souffrent de leurs péchés, comme on souffre d’une maladie. Nous nous contentons de déculpabiliser les gens ; ce n’est pas suffisant. […] Il y a urgence à retrouver la dimension thérapeutique du salut, la dimension médicale de la vie avec Dieu(2). »

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« Crée en moi un cœur pur ! » (v. 12). David attend du nouveau en lui. Et cette espérance peut être reprise à notre compte pour que l’Éternel guérisse nos cœurs de leurs maladies, les débarrasse des angoisses que le péché y a semées, et nous sanctifie par son Esprit.

Oui, notre Dieu vient guérir sa création (cf. Ap 22.2). Il a compassion de nous. Et dès aujourd’hui, chacun peut se mettre au bénéfice de ses tendres soins. Il est le Dieu médecin qui guérit nos cœurs.


(1) Derek Kidner, Psaumes 1 à 72 (CEB, Édifac, 2012), p. 216. Daniel Bourguet,

(2) Maladies de la vie spirituelle (Olivétan, 2012), p. 34-35.

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janvier 2026

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